Résistance à la pression,
gestion de l’échec, atteinte des
objectifs : les difficultés de la compétition
sportive ressemblent bien souvent aux exigences
du monde de l’entreprise, avec cependant
une différence de taille : les managers
n’ont pas droit à l’encadrement
stimulant et motivant dont bénéficient
les divas du stade.
Selon vous, en quoi consiste l’endurance
pour un manager ?
L’endurance d’un manager, c’est
sa capacité à tenir le coup sans
à coups, dans la durée. C’est
aussi sa capacité à connaître
ses limites et à ne pas les dépasser
trop longtemps. Au-delà de l’endurance
on parle en effet de résistance, à
savoir un effort intense qui ne saurait être
prolongé indéfiniment au risque
de se retrouver un jour ou l’autre en zone
rouge psychologique et physiologique.
Les sportifs disposent d’outils
de contrôle pour mesurer leurs pulsations
cardiaques, comment un manager peut-il s’apercevoir
qu’il est en zone rouge ?
C’est bien souvent là que résident
les problèmes, de stress notamment ! Nous
n’avons pas toujours été éduqués
à être attentif à nos indices
de surcharges physiques et psychiques. Pire encore,
je crois que dans l’entreprise actuelle
la prise en compte de ces signaux de déséquilibre
peut apparaître comme un signe de faiblesse.
Les indices les plus classiques de surmenage intellectuel
sont : les pertes de mémoire, les difficultés
de concentration, de prises de décision
et de gestion stratégique. Emotionnellement,
le surmenage se traduit par de l’irritabilité,
de la colère, parfois épidermique.
Un surmenage chronique qui expliquerait
les pertes de contrôles, autrement dit les
« sautages de plomb » de plus en plus
fréquents autour de nous ?
Le surmenage se banalise en effet malgré
ses conséquences parfois catastrophiques.
Pour utiliser la métaphore de la voiture:
imaginez que vous ne teniez pas compte des clignotants
de contrôle du tableau de bord vous signalant
l’urgence de remettre de l’essence,
d’aller à l’entretien, etc.
Les managers quand ils sont lancés ne prennent
pas garde aux signaux de stress. C’est le
cas notamment des commerciaux. A la fin de l’année
par exemple, quand il s’agit de clôturer
les bilans, d’atteindre les derniers objectifs
ou de récompenser par incentive les clients,
pas question de relâcher la pression.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ces
fameux clignotants ?
On distingue trois stades de surmenage. Le premier,
l’alerte, se manifeste par de l’irritabilité
pendant deux à trois jours. Autres clignotants
: maux de tête, crampes , distractions et
oublis divers (rendez-vous, numéros de
téléphone…)…
Le deuxième stade est celui de la résistance,
comme en sport. L’individu lutte encore
mais le désengagement et la démotivation
s’amorcent pour une raison purement physiologique.
Le corps est tellement usé qu’il
a besoin de doses d’adrénaline de
plus en plus importantes pour réagir. Un
peu comme les personnes « accro »
au café, à qui une tasse suffisait
et qui finissent par ingurgiter un thermos entier
sans effet. Cet état est bien connu des
traders en bourse, par exemple, quand les «
rushes » succèdent aux coups de feu
sans répit. Un « beau » jour,
c’est l’épuisement, tout simplement.
Un excès d’adrénaline trop
prolongé peut devenir extrêmement
dangereux.
Pour utiliser cette fois une métaphore
sportive, disons qu’on demande à
des sprinters de maintenir l’allure d’un
100m sur la distance d’un marathon…
L’entreprise peut-elle continuer
à ce rythme en permanence ?
L’être humain a ses limites et nous
sommes sensés en avoir fini avec le taylorisme
! La prise de conscience de ce phénomène
de sur-régime n’est pas encore parfaite.
Depuis quelques années les RH sont souvent
noyées sous des propositions de séminaires
de gestion du stress, version « psy »
ou « sport aventure », pas toujours
adaptés à la réalité
de l’entreprise.
Tout doucement je pense que l’entreprise
commence à comprendre qu’on ne peut
pas exiger l’infini de la part de l’être
humain. Progressivement, des techniques comme
le coaching vont permettre aux gens de mieux se
gérer, de reprendre le contrôle d’eux
même. On va reparler de self management
: avant de pouvoir gérer les autres il
faut pouvoir se gérer soi. Quand on est
dans le « rouge », on n’a pas
grand-chose à donner aux autres sinon du
stress, de l’agressivité ou du cynisme.
En faisant croire aux gens qu’on
peut toujours faire plus, le coaching ne contribue
t-il pas à ce surmenage ambiant ?
Un coach n’apporte pas nécessairement
des solutions mais c’est quelqu’un
qui permet de prendre du recul. Le coaching n’est
pas là pour que les gens en fassent plus,
il est surtout utile pour les aider à faire
mieux. Sortons de ce raisonnement linéaire
qui voudrait que le coach soit un booster de performances.
Le Coaching est un accompagnement qui doit permettre
à chacun de pouvoir relativiser et prendre
du recul, non pas en se distanciant du travail
mais en le considérant différemment,
de manière plus qualitative.
Quid des performances et des impératifs
de rentabilité de l’entreprise dans
cette démarche ?
Une des plus grandes sources de stress pour les
managers réside dans l’accumulation
de micro-urgences quotidienne qui leur donne l’impression
de se noyer dans l’accessoire en négligeant
leurs objectifs principaux. On confond l’urgent
et le prioritaire et on s’occupe de détail
plutôt que de s’atteler à ses
vraies missions. C’est la fameuse image
de la vasque remplie de grosses pierres auxquelles
on ajoute des cailloux et, pour finir, du sable.
Autrement dit : si on remplit son agenda avec
du gravier et du sable ou va-t-on mettre ses priorités…
Un des premiers objectifs du coaching est justement
de remettre en valeur ces priorités. Il
s’agit de se demander où on va pour
mettre les choses au clair.
Les conseils ne manquent pas pour nous
aider à améliorer notre hygiène
de vie physique mais est-il possible d’adopter
une meilleure hygiène de vie mentale ?
Certainement ! Il s’agit de développer
sa capacité à relativiser, à
prendre du recul. Se mettre à l’écart
pour réfléchir en arrivant au bureau
le matin plutôt que d’avoir le sentiment
dès 8 h d’être noyé
sous les mails et les dossiers incomplets.
L’hygiène mentale d’un manager
passe par l’adoption de techniques telles
que la délégation, par exemple.
Elle permet aux responsables de ce recentrer sur
leur prérogatives tout en donnant aux collaborateurs
l’occasion de développer leurs compétences.
Autres habitude à adopter pour améliorer
son hygiène mentale : être positif
et cesser d’arroser les mauvaises herbes
au lieu d’arroser les fleurs. Pour booster
ses collaborateurs, il suffit parfois de leur
parler de manière positive même si
la discussion porte sur des choses désagréables
Ne pensez-vous pas que le surmenage soit
également à l’origine de la
tendance actuelle qui consiste à vouloir
changer de vie, virer de cap, comme s’il
n’y avait de salut que dans la fuite ?
Effectivement. Les gens débordés
ont du mal à donner un sens à leur
action, à avoir une vision claire de leurs
besoins et des objectifs qu’ils poursuivent.
Souvent, ce qui nous arrive n’est ni facile
ni difficile en soi, c’est ce que nous en
faisons qui fait la différence.
Quels sont, selon vous, les autres ennemis
de l’endurance dans l’entreprise ?
Le surmenage nuisible à l’endurance
réside, par exemple, dans la difficulté
à réfléchir avant de dire
oui. Le stress peut également provenir
d’un manque de courage propre aux doux rêveurs.
Ces derniers ont beaucoup de projets, tout leur
semble possible, ils règnent sur leur imaginaire
mais ils n’ont pas le cran ou la capacité
de pousser la porte du rêve vers la réalité,
ils sont en fuite dans des rêves de toute
puissance. Et puis à un moment, il leur
faut redescendre sur terre et là en général
c’est le crash avec ou sans parachute, et
c’est sans doute le dernier centimètre
de la chute qui est le plus dur… Personnellement,
j’adore rêver et je pense qu’il
faut continuer à partager ses rêves
sans lesquels aucun enthousiasme n’est possible.
La plupart des projets ambitieux sont nés
de l’imaginaire. L’essentiel est de
se poser les bonnes questions, à savoir
: qu’en est-il aujourd’hui de la réalité
du terrain ? Quels sont les obstacles et les possibilités
qui se présentent. Mais surtout, le plus
important consiste à se demander : qu’est-ce
qui me fait avancer, qu’est-ce qui m’incite
à bouger.
Que recommandez-vous aux champions lorsqu’ils
se trouvent en difficulté ?
J’essaye de leur faire prendre conscience
de leurs blocages mentaux et de leurs stratégies
d’échec, pas toujours conscientes.
Je leur demande également de réfléchir
à ce qu’ils veulent vraiment, à
leurs valeurs et à l’adéquation
de leurs objectifs avec celles-ci. Bien souvent,
notre plus grand ennemi n’est autre que
nous même.
Une dernière recommandation pour
conclure ?
Oui, sous forme de phrase clé : j’agis
prioritairement sur moi-même.
Contact :
marc.delpierre@mentallyfit.be
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