Ces jeux ne sont ni des amusements ni des jeux
de société mais des jeux stériles.
Ils ne sont pas seulement l’apanage de manipulateurs
retors mais surtout de mauvaises habitudes relationnelles
que tout le monde peut mettre en œuvre.
Les jeux sont plus faciles à observer chez
les autres que chez soi-même. Sachez que si
vous percevez que quelqu’un d’autre
joue avec vous, il y a des chances pour qu’il
perçoive également et aussi unilatéralement
que vous jouez avec lui.
Jouer pour tromper l’ennui
Dans la plupart des entreprises, il est fort
probable que la moyenne des équipes passe
plus de cinquante pour cent de son temps dans
des jeux plus ou moins stériles et improductifs.
Ces jeux ne sont pas méchants. Ils sont
quelque fois très subtils, à peine
perceptibles, joués avec finesse et humour.
Ceux-là ne font pas de réels dommages.
Ils permettent la plupart du temps de tromper
l’ennui ou de relâcher la pression.
D’autres personnes encore jouent dans le
cadre de relations stériles et banalisées.
Elles le font depuis si longtemps qu’elles
ne savent plus comment s’en passer. Pour
ces partenaires là, connus pour leur mauvaise,
leur cynisme ou leur défaitisme chronique,
il est devenu normal de jouer, comme une vieille
habitude ou un vieux rituel qui aurait perdu son
sens. Dans tous ces cas, joués seul, à
deux ou en équipe, les jeux sont des stratégies
indirectes de pouvoir, de séduction ou
de passivité dont les résultats
sont insatisfaisants, inutiles et facteurs d’inefficacité.
Les jeux et les rôles
Une des façons les plus simples d’aborder
la notion de jeu est l’étude et la
compréhension des différents rôles
que peuvent assumer les joueurs : la victime,
le sauveteur, le persécuteur, le public.
Ces quatre rôles sont souvent joués
alternativement par les protagonistes d’un
jeu. Intéressons-nous, par exemple, au
rôle de victime, à la base de nombreux
jeux de passivité. A quoi reconnaît-on
un joueur qui adopte « la position basse
» d’un jeu ?
Les victimes professionnelles provoquent, agacent
et d’une certaine façon persécutent
afin de se retrouver persécutées
à leur tour, enfoncées, battues
ou dénigrées. D’autres victimes
cherchent plutôt à développer
des relations avec des sauveteurs : ils font des
erreurs, se mettent dans des situations difficiles,
cherchent de l’aide, se font plaindre et
secourir.
Les jeux permettent d’obtenir
des signes de reconnaissance, ou d’attention
de son environnement. Cette attention peut
être simple et directe, si l’affaire
reste au niveau de deux personnes. Il est aussi
possible d’obtenir de l’attention en
parlant plus tard à une tierce personne d’un
Jeu, et en se présentant en victime afin
de se faire plaindre. Certaines personnes ne savent
pas obtenir de l’attention pour des réussites
professionnelles constructives, ni prendre plaisir
à avoir avec autrui des interactions positives
et intimes. Un jeu est une façon d’exister
socialement et intensément, même si
c’est de façon négative.
Le jeu est une affirmation existentielle
dans les entreprises ou les organisations qui
sont devenues trop administratives, dont l’encadrement
démotivé et le personnel désabusé
travaillent sans motivation ni vision. Après
avoir perdu de vue la finalité de son travail,
comment donner un sens à son existence
sinon par des stratégies indirectes ou
négatives ?
Les jeux permettent d’atteindre
des objectifs cachés. L’objectif
caché d’un jeu peut tout simplement
être de se protéger, de détourner
l’attention, de se faire aider sans avoir
à le demander mais en culpabilisant l’autre
et ainsi de suite. L’objectif caché
des jeux est donc ce qui en fait sa nature indirecte
et malhonnête, dite « manipulatrice
».
Bibliographie
« Jeux de manipulation : petit traité
des stratégies d’échec qui
paralysent nos organisations », Alain cardon,
Les Editions d’Organisation
« Des jeux et des hommes », Eric Berne,
Seuil
« Faites vous-même votre malheur »,
Paul Watzlawick, Seuil |
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