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Excuses, prétextes et mauvaise foi : à quels jeux jouons nous ?

 
« Pas moyen de discuter avec ce type ! », « Toutes les mêmes… », Plus jamais on ne m’y reprendra… », « La prochaine fois, il n’a qu’à bien se tenir… ». Suite à un conflit ou à un dialogue insatisfaisant, il nous est arrivé à tous de nous sentir incapable de faire quoique ce soit, énergiquement à plat, complètement vidés.
Que s’est-il passé pour que nous en arrivions là ? Qu’est-ce qui a provoqué ce malaise ? Si l’on en croit Alain Cardon, spécialiste des jeux de manipulation, la plupart de nos problèmes relationnels privés ou professionnels ont pour origine les jeux psychologiques auxquels nous jouons de façon inconsciente.
Ces jeux ne sont ni des amusements ni des jeux de société mais des jeux stériles. Ils ne sont pas seulement l’apanage de manipulateurs retors mais surtout de mauvaises habitudes relationnelles que tout le monde peut mettre en œuvre.
Les jeux sont plus faciles à observer chez les autres que chez soi-même. Sachez que si vous percevez que quelqu’un d’autre joue avec vous, il y a des chances pour qu’il perçoive également et aussi unilatéralement que vous jouez avec lui.

Jouer pour tromper l’ennui

Dans la plupart des entreprises, il est fort probable que la moyenne des équipes passe plus de cinquante pour cent de son temps dans des jeux plus ou moins stériles et improductifs. Ces jeux ne sont pas méchants. Ils sont quelque fois très subtils, à peine perceptibles, joués avec finesse et humour. Ceux-là ne font pas de réels dommages. Ils permettent la plupart du temps de tromper l’ennui ou de relâcher la pression.
D’autres personnes encore jouent dans le cadre de relations stériles et banalisées. Elles le font depuis si longtemps qu’elles ne savent plus comment s’en passer. Pour ces partenaires là, connus pour leur mauvaise, leur cynisme ou leur défaitisme chronique, il est devenu normal de jouer, comme une vieille habitude ou un vieux rituel qui aurait perdu son sens. Dans tous ces cas, joués seul, à deux ou en équipe, les jeux sont des stratégies indirectes de pouvoir, de séduction ou de passivité dont les résultats sont insatisfaisants, inutiles et facteurs d’inefficacité.

Les jeux et les rôles

Une des façons les plus simples d’aborder la notion de jeu est l’étude et la compréhension des différents rôles que peuvent assumer les joueurs : la victime, le sauveteur, le persécuteur, le public. Ces quatre rôles sont souvent joués alternativement par les protagonistes d’un jeu. Intéressons-nous, par exemple, au rôle de victime, à la base de nombreux jeux de passivité. A quoi reconnaît-on un joueur qui adopte « la position basse » d’un jeu ?
Les victimes professionnelles provoquent, agacent et d’une certaine façon persécutent afin de se retrouver persécutées à leur tour, enfoncées, battues ou dénigrées. D’autres victimes cherchent plutôt à développer des relations avec des sauveteurs : ils font des erreurs, se mettent dans des situations difficiles, cherchent de l’aide, se font plaindre et secourir.

Pourquoi joue t-on ?

Les jeux permettent d’obtenir des signes de reconnaissance, ou d’attention de son environnement. Cette attention peut être simple et directe, si l’affaire reste au niveau de deux personnes. Il est aussi possible d’obtenir de l’attention en parlant plus tard à une tierce personne d’un Jeu, et en se présentant en victime afin de se faire plaindre. Certaines personnes ne savent pas obtenir de l’attention pour des réussites professionnelles constructives, ni prendre plaisir à avoir avec autrui des interactions positives et intimes. Un jeu est une façon d’exister socialement et intensément, même si c’est de façon négative.

Le jeu est une affirmation existentielle dans les entreprises ou les organisations qui sont devenues trop administratives, dont l’encadrement démotivé et le personnel désabusé travaillent sans motivation ni vision. Après avoir perdu de vue la finalité de son travail, comment donner un sens à son existence sinon par des stratégies indirectes ou négatives ?

Les jeux permettent d’atteindre des objectifs cachés. L’objectif caché d’un jeu peut tout simplement être de se protéger, de détourner l’attention, de se faire aider sans avoir à le demander mais en culpabilisant l’autre et ainsi de suite. L’objectif caché des jeux est donc ce qui en fait sa nature indirecte et malhonnête, dite « manipulatrice ».

Bibliographie

« Jeux de manipulation : petit traité des stratégies d’échec qui paralysent nos organisations », Alain cardon, Les Editions d’Organisation
« Des jeux et des hommes », Eric Berne, Seuil
« Faites vous-même votre malheur », Paul Watzlawick, Seuil

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