| Où l’on apprend
notamment avec intérêt que si le
travail domestique est gratuit il n’est
est pas pour autant dépourvu de valeur
économique…
Pourquoi le « travail » domestique
n’a-t-il pas de vraie valeur économique
?
« Parce que la valeur en économie
s'acquiert par le fait de passer par le marché.
Or, paradoxalement, il y a une conséquence
bizarre quand on comptabilise le travail domestique
en économie : on a en effet calculé
que si tous les hommes qui emploient des femmes
de ménage les épousaient, le PIB
chuterait en moins de temps qu'il ne faut pour
le dire ! Des estimations, réalisées
dans les années 1980 pour savoir quelle
était la valeur du travail domestique des
femmes, donnent une fourchette comprise entre
32 et 77 % du PIB marchand ! »
Les activités domestiques sont
souvent dotées d’une forte charge
symbolique. La cuisine maison, par exemple, reflète
bien cette dimension affective.
« Ni plat préparé, ni cuisine
industrielle ne peut s'y substituer. C'est le
symbole de la mère nourricière qui
est en jeu. La cuisinière fait du foyer
une institution. La femme qui travaille à
ce que « tout soit prêt » travaille
à la constitution d'un ordre familial,
de même qu'une maison propre et bien rangée
est le signe de l'ordre moral qui règne
au foyer. Ces valeurs-là ne trouvent aucun
substitut, d'autant que le lien entre tâches
matérielles et éducatives est très
fort. Les femmes s'éprouvent comme mères
à travers les tâches domestiques
: « Il faut bien le faire ».
Le travail domestique est vécu par les
femmes sur le mode de la contrainte, cela relève
de la nécessité ; celui des hommes
sur le mode du choix : « Je le fais mais
quand je le décide. » Le travail
domestique est souvent pour eux quelque chose
de «facultatif» mais la notion de
choix est suspecte car s'il y a choix, il n'y
a pas contrainte, donc pas de travail à
proprement parler... »
Comment expliquer cette différence
de perception du travail domestique entre les
hommes et les femmes ?
« Il existe en réalité trois
dimensions dans la représentation du travail
domestique : il est « invisible »,
« facultatif » et « impossible
à nommer » en tant que travail. Je
m'explique. 80 % des femmes interrogées
ne se plaignent pas du tout de leur mari. Elles
prennent en charge les tâches domestiques
tout en ayant une activité professionnelle
et avancent la raison suivante : « Nous,
nous voyons ce qu'il faut faire, les hommes non.
»
Quand on leur demande comment elles ont appris,
elles disent ne pas avoir appris. Elles ont vu
faire leur mère, ça vient tout seul,
etc. Pourtant quand on leur demande pourquoi leur
époux ne le fait pas, elles répondent
qu'il n'a pas appris ! Tout se complique quand
on sait que certaines femmes s'ingénient
à cacher certaines tâches ingrates
comme si elles n'existaient pas. Ce côté
« Il ne faut pas que ça se voit »
est à mettre en rapport avec l'image de
la fée du logis qui fait tout d'un coup
de baguette magique ! »
Cette invisibilité, est-ce ce que
vous appelez la « préoccupation »
?
« Oui. C'est tout ce qui occupe l'esprit
sans forcément faire travailler les mains.
C'est cette partie cachée qui n'est pas
prise en compte dans le « budget temps »,
tous les « Qu'est-ce qu'on va manger ce
soir ? »
La partie invisible suppose une gymnastique mentale
énorme et permanente faite de calculs,
de prévisions, de combinaisons de tâches
C'est ce dont les femmes parlent quand elles disent
qu'il faut être « organisé
». Cette impérieuse nécessité
de gérer le temps, de le maîtriser
a bien sûr des conséquences sur le
travail professionnel. »
Le partage des tâches est-il la
solution pour éviter la double journée
de travail des salariées ?
« Le travail domestique est invisible, facultatif
et n'est pas reconnu comme travail.
Bien sûr, mais c'est une question piégée
si on ne l'envisage pas sous l'angle de la préoccupation.
La machine à laver le linge n'a en rien
évacué la « préoccupation
lessive » par exemple. Le mari disposé
à faire les courses à condition
qu'on lui prépare une liste, c'est la même
chose. Quand on fait le calcul des tâches
d'autoproduction (cuisine, couture), les femmes
interrogées disent qu'elles font cela parce
que ça coûte moins cher, que c'est
plus rentable. Dans leurs réponses, la
plupart oublient le temps passé comme si
le temps en question était du temps «
choisi » comme le travail domestique ! N'empêche
que ce temps affecté aux tâches domestiques
n'est pas reconnu comme travail : on ne le voit
pas, il est facultatif et n'est pas nommé
travail. »
Donc il n'existe pas !
« Et voilà ! Les conséquences
de ces logiques domestiques sont la dévalorisation
des activités dans l'espace domestique,
public et aussi professionnel des femmes. Elles
contribuent à ce que les femmes intériorisent,
inconsciemment, leur place de subordonnées
».
Le changement de mentalité ne se fera pas
en un jour mais certains indicateurs sociologiques
alliés à la logique économique
montrent qu’il est bel et bien en marche…
Source :
http://1libertaire.free.fr
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