Ce phénomène, banal en apparence,
a pourtant de lourdes conséquences sur
la qualité même de nos activités.
« Les journées hachées menu,
les coups de téléphone, les rendez-vous,
la lecture rapide des documents, ne laissent aucun
temps ni, ce qui est pire, aucune énergie
pour l’effort qu’exige la mise en
ordre des idées. On acquiert l’habitude
de réagir à un propos, à
une note, à une attitude, à un événement.
On perd celle de réfléchir, d’insérer
dans un ensemble le fait qui a déclenché
le réflexe. On glisse de plus en plus rapidement,
de plus en plus adroitement, à la surface
des choses. On ne raye même plus la glace.
Et puis un jour, devant un trou imprévu
dans l’horaire, on se découvre incapable
d’utiliser ce vide et on prend conscience
du sien».
Jeter ou ne pas jeter, telle est la question
Avoir trop d’informations peut être
aussi dangereux que d’en avoir trop peu
La grande majorité des patrons et cadres
supérieurs des entreprises se déclarent
submergée, incapable d’engloutir
la masse des données qui lui arrive par
la presse, les boîtes vocales, télécopieurs,
et les courriers électroniques. Certains
reçoivent entre 150 et 300 messages électroniques
par jour ! Faute d’avoir trouvé les
parades ou de disposer de collaborateurs qui prendront
la corvée à leur place, nombre d’entre
eux passent de 3 à 5 heures par jour à
gérer leur messagerie. Un cadre reçoit
dix fois plus d’informations qu’il
y a 15 ans. D’où la nécessité
d’assimiler plus vite ces informations.
Le travailleur de bureau est constamment pris
dans un dilemme. Il doit jeter ce qui s’accumule
sur son bureau, vivant reproche de son retard
et de son inefficacité. Mais il hésite
à jeter, car l’acte, s’il est
salvateur, peut être aussi périlleux.
Trop d’informations nuit à
l’information
Face à ce déluge électronique,
les utilisateurs ont du mal à différencier
l’essentiel et l’accessoire. Ils stressent.
On ne sait pas toujours saisir l’essentiel,
on finit par ne plus rien savoir du tout. Plutôt
que de stress, le docteur David Lewis, préfère
parler d’Information Fatigue Syndrome et
déclare : « Avoir trop d’informations
peut être aussi dangereux que d’en
avoir trop peu. Cela peut paralyser les dirigeants
dans leurs analyses, augmenter leur difficulté
à trouver les bonnes solutions ou à
prendre les bonnes décisions ».Il
va falloir apprendre à passer d’une
logique de surproduction à une logique
de consommation intelligente de l’information.
Occuper le terrain à tout prix
Progressivement, le cadre devient submergé
par ce qu’il pourrait faire et par ce qu’il
doit faire. L’idéologie de la maîtrise
conduit à vouloir dominer et contrôler
le temps, ce qui aboutit au paradoxe que plus
un cadre se situe en haut de l’échelle
hiérarchique de l’entreprise, plus
il a de pouvoir, et moins il dispose de son temps.
Ces comportements représentent le prix
à payer des modèles hiérarchiques
par ailleurs très attachés au présentéisme
: ils consistent pour le chef à se montrer
omniprésent et pour les salariés
à faire en sorte de surencombrer le temps
de leur supérieur. Cette passivité
se traduit par 4 types d’attitudes : ne
rien faire en pensant que les choses s’arrangeront
d’elles-mêmes ; se suradapter en calquant
ses actes sur les attentes supposées des
autres ; s’agiter, remuer ciel et terre
plutôt que de réellement résoudre
le problème ; se rendre incapable de résoudre
le problème par (auto)agression. Autrement
dit : éviter à tout prix de penser
et d’agir par soi-même, faute de temps
et par excès de stress…
| Portrait robot d’un «
zappeur » professionnel
« Il n’a plus de discipline
personnelle, on ne sait pas s’il rentrera
chez lui ce soir et à quelle heure.
Invité, on ne sait s’il vient
ou s’il faut commencer sans lui. Si
vous déjeunez avec lui, vous le voyez
toujours regarder ailleurs, comme si vous
étiez invisible. Que passe un personnage
de quelque intérêt, tout relatif
, le voilà vibrionnant, s’excusant
de vous laisser deux minutes qui deviennent
10, puis 20. Vous sortez, il n’est
plus avec le personnage. Où est-il
? il vous le dira demain, en s’excusant
au téléphone, larmoyant, désolé
: il vous avait oublié ! c’est
un bourreau de travail, mais tout le monde
l’attend. L’avoir à l’heure
est tout aussi hasardeux que de l’avoir
tout court. Bien sûr il est malade,
il le dit, mais le médecin l’attend,
comme vous !Eclatée, sa trajectoire
est aussi erratique que sa vie, laissant
mille malheureux sur sa route. Branché
sur les réseaux électroniques,
l’homme stochastique est vidé
de son sens, soumis aux pures sensations
de l’immédiateté, qui
lui sert désormais de stimulus artificiel
dont il a du mal à se passe. Ses
sens sont surstimulés, son esprit
survolté, son langage haché,
comme ses phrases qu’il ne finit jamais
: il surfe. Il manipule toujours un objet
quelconque et se plaint de manquer de temps
et de collaborateurs compétents.
C’est un homme probabiliste.» |
Sources :
« Le Syndrome de Chronos », D. Ettighoffer
et G. Blanc, Dunod.
« Technos mordus, technos exclus »,
Yves Lasfargue, Editions d’Organisation.
Management n°54
« L’art du temps », Jean-Louis
Servan-Schreiber, Fayard.
http://www.webcommittee.com
http://www.eurotechnopolis.org |
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