| Parmi ces distorsions psychologiques, citons
les mécanismes de projection et de transfert,
que toute personne amenée à diriger
doit apprendre à dépister et à
utiliser positivement.
La projection, c’est le fait de discerner
préférentiellement en autrui des
traits positifs ou négatifs de son propre
caractère. Le transfert est la réactivation
de schémas affectifs et comportementaux
initialement développés dans l’enfance
envers d’importantes figures du passé
(les parents principalement) dans le cadre de
relations actuelles.
Papa, maman, mon patron et moi
Dans la vie professionnelle, le transfert d’autorité
est la forme la plus classique de ce mécanisme.
En fait, tout rapport hiérarchique tel
que la relation manager/subordonné provoque
l’émergence de sentiments inconscients
chez les deux parties. Beaucoup de gens ont tendance
à abdiquer toute responsabilité
face aux figures d’autorité –
« Il sait, il détient la solution
de tous les problèmes, il a plus d’expérience,
etc. » - et adoptent un comportement régressif
ou enfantin. Cela fait parfaitement l’affaire
des managers « sauveurs » faisant
preuve d’un sens des responsabilités
surdéveloppé. La rébellion
et le sabotage du travail sont des réactions
de transfert inconsciente.
Lorsque la direction ne laisse aucune marge de
décision aux employés, les transferts
individuels agissent comme des catalyseurs de
la frustration collective et des sentiments d’aliénation
du personnel. Chez un grand constructeur automobile,
on prenait le pouls du climat social sur les chaînes
de montage au nombre de pièces correctes
retrouvées dans les poubelles… !
Quand patron rime avec démission
Que l'attitude du patron affecte autant ses collaborateurs
ne surprend guère les spécialistes.
Tout être humain a besoin d'être reconnu
et récompensé. Le patron a le pouvoir
d'apprécier notre travail. Non seulement
influence-t-il notre humeur, mais c'est aussi
lui qui signe notre chèque de paie, évalue
notre performance et infléchit la progression
de notre carrière. Selon une étude
récente, 56 % de ses employés iraient
d'abord voir leur patron immédiat pour
discuter d'un problème de travail. Mais
ce qui retient l’attention, c'est qu'un
employé sur quatre irait aussi voir son
patron... pour aborder un problème personnel
! Une autre étude vient confirmer le rôle
primordial des responsables auprès de leurs
collaborateurs. Une enquête américaine
publiée par deux experts de la firme de
sondage Gallup indique en effet qu’une mauvaise
relation avec un supérieur est l'une des
principales causes de démission. Pour aboutir
à cette conclusion, les sondeurs se sont
appuyés sur plusieurs études réalisées
en plus de 20 ans auprès de 80 000 gestionnaires
et un million d'employés. Une étude
d'Accountemps, un cabinet international de recrutement,
parvient à la même conclusion : près
de la moitié des cadres interrogés
ont affirmé que la relation avec le supérieur
est le facteur influençant le plus l'épanouissement
au travail de leurs employés. Ce n'est
toutefois pas tant le patron qui est toxique pour
ses employés que la relation qu'il entretient
avec chacun d'entre eux. Ainsi, un collaborateur
qui aime l'autonomie peut vivre une relation toxique
avec un patron autoritaire, alors qu'une personne
moins sûre d'elle peut apprécier
qu'il vérifie constamment son travail.
Des patrons nocifs pour la santé
?
Si l’on en croit trois chercheurs britanniques,
une relation pénible avec un supérieur
hiérarchique favoriserait aussi les maladies
cardiovasculaires et le stress. Dans une étude
publiée en juin 2003 dans le très
sérieux Journal of Occupational & Environmental
Medecine, ces sommités de la médecine
du travail révèlent que les employés
qui perçoivent négativement leur
patron ont une pression artérielle supérieure
à la moyenne. Une situation conflictuelle
avec un patron et la perception que votre travail
n'est pas reconnu font grimper d'environ 16 %
les risques de maladies coronariennes et de 38
% ceux de crises cardiaques. Les patrons toxiques
sont de plus en plus nombreux, croit Bob Rosner,
chroniqueur spécialisé dans les
questions de travail. Un phénomène
du au fait que, selon lui, les patrons sont débordés
et relèguent la gestion du personnel au
bas de leur liste de priorités. «Je
connais des employés dont on repousse sans
cesse l'évaluation du rendement. Pourtant,
ils ont besoin de rétroaction, de soutien,
et que leur patron leur accorde du temps sur une
base régulière.»
Sources:
« J'ai mal à mon travail : jusqu'où
tolérer l'insatisfaction? », Monique
Soucy, Éditions de l'Homme
« Comment gérer efficacement son
supérieur hiérarchique »,
Guy Desaunay, Dunod
« The Bully at Work: What You Can Do to
Stop the Hurt and Reclaim Your Dignity on the
Job” Gary et Ruth Namie, Sourcebooks Trade
“Toxic Emotions at Work: How Compassionate
Managers Handle Pain and Conflict”, Peter
J. Frost, Harvard Business School Publishing |
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