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Demande de catalogue

Déléguer oui, abdiquer non (2ème partie)

 
Paradoxalement, l’incapacité à déléguer, souvent soulignée dans les livres de management est moins dangereuse pour une entreprise que la sur-délégation. Celle-ci est très souvent le fait de patrons qui ont créé leur société

Elle consiste à abandonner littéralement à d’autres des aspects cruciaux de la gestion (politique commerciale, par exemple) pour se concentrer sur des tâches plus attractives. Au bout de quelques mois ou de quelques années, de graves difficultés apparaissent et il est parfois trop tard pour reprendre les choses en main. L’erreur est ici de confondre délégation (qui implique un suivi de la part de celui qui délègue) et abandon (le nouveau promu est laissé seul à ses responsabilités).
L'entreprise est-elle condamnée ? Certainement pas, à condition toutefois que le dirigeant aille beaucoup plus loin dans l'apprentissage de la délégation. S'il comprend d'abord que déléguer ne signifie pas se décharger sur autrui de ce qu'il n'a pas le temps de faire ou pas envie de faire, s'il accepte ensuite l'idée que pour déléguer correctement il lui faut accepter d'abandonner une partie de son pouvoir au profit de collaborateurs de valeur, alors tous les espoirs lui sont permis.

Les (mauvaises) raisons pour ne pas déléguer

Les raisons pour lesquelles on hésite à confier la responsabilité d’un projet ou d’une tâche relèvent souvent moins de la peur d’abandonner du pouvoir que celle d’une qualité moindre de travail accompli. Autre préoccupation : le temps. « Pourquoi déléguer ? » nous confiait le directeur de production d’une usine de matériaux isolants, « ce calcul de densité me prend une demi-heure, alors qu’il faudra quatre fois plus de temps à quelqu’un d’autre. » Ces considérations à court terme pénalisent à long terme ceux-là même qui les invoquent :

- une délégation efficace commence par un recrutement efficace ; la bonne personne pour un travail donné n’est pas forcément la plus chère, mais celle qui sera, à terme, plus brillante que vous dans sa partie ; si vous vous entourez d’individus médiocres, attendez-vous à ce qu’ils vous tirent vers le bas ; choisissez des collaborateurs qui vous sont supérieurs chacun dans un domaine et vous n’aurez plus une seule raison d’accomplir vous-même un travail pour lequel ils sont plus efficaces ;
- l’idée que les choses iront plus vite si vous les faites vous-même, est une idée qui vous fait perdre du temps : en consacrant deux heures à une tâche que vous accompliriez en une demi-heure, votre collaborateur vous fait quand même gagner une demi-heure pour un travail qui, lui, n’est pas délégable. Avec l’habitude, les deux heures de votre collaborateur se réduiront elles aussi à une demi-heure.

Les limites de la délégation

Confier une mission n'est pas s'en débarrasser. Certaines responsabilités ne peuvent donc être déléguées par l'encadrement, sous peine de se trouver dans une véritable situation de démission. Voici une liste non exhaustives de responsabilités non délégables.

- Les relations avec l'extérieur.
- Les situations urgentes et importantes qui requièrent vos connaissances, votre savoir-faire, votre statut ou votre position.
- L’évaluation de vos subordonnés.
- La formation des collaborateurs.
- Les décisions ayant des incidences sur d’autres services.
- La discipline et les licenciements
- L’élaboration des tableaux de bord de gestion
- Les réclamations suite à des erreurs, les litiges avec les grands comptes.
- Certains phénomènes aléatoires : les conflits, malversations, fraudes ou demandes spéciales des clients
- Les communications avec les supérieurs
- L’animation et la motivation de votre équipe

Les symptômes d’une délégation médiocre

Les symptômes révélateurs d’une mauvaise délégation (insuffisante ou mal gérée) sont nombreux. Ils se manifestent généralement dans les habitudes de travail des managers, l’attitude des employés ou la productivité de l’équipe. Voici les clignotants les plus significatifs.

- Les deadlines sont souvent dépassés
- Certains employés semblent en permanence avoir plus de travail que les autres
- Le manager est en général trop occupé pour parler à ses collaborateurs
- Les employés ne savent pas très bien jusqu’où ils ont autorité
- Personne dans le groupe n’est jamais fin prêt pour être promu
- Les décisions des employés sont souvent cassées
- Personne ne semble savoir qui est responsable d’un projet
- L’entreprise souffre de la lenteur avec laquelle les décisions sont prises

Sources :

« L’Art de diriger », Robert Papin, Dunod
« Gagner une heure chaque jour », Ray Joseph, Dunod
« Le Guide Nouvel Observateur du temps », sous la direction de Thierry Souccar, Editions First
« Le management en pratique », John Mc Bride, Chantecler
« L’entreprise » n°152

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