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Demande de catalogue

« Ne rien faire permet d’avancer »

 
Chaque début d’année offre à lire son lot de bonnes résolutions dynamiques, plus ou moins réalistes ou applicables. Le stress et les moyens de le combattre figure souvent en bonne place dans cette ode au volontarisme. Une fois n’est pas coutume, ce premier Spirit cuvée 2006 a choisi de décrypter en amont les principaux enjeux de ce mal pour permettre à chacun de le gérer en connaissance de cause et si possible loin des recettes toute faites. Pour vous souhaiter à notre façon un nouveau millésime placé sous le signe de la sérénité, nous avons demandé au Docteur Raymond Gueibe, psychiatre de liaison à l’Hôpital Saint- Pierre d’Ottignies de lever un coin du voile sur les tenants et aboutissants du surmenage ordinaire. Ses propos, étayés par une longue pratique de terrain, sont une invitation à la réflexion sur les valeurs qui donnent un sens à notre existence. Où l’on apprend, entre autres, que l’inaction recèle de précieuses vertus…
A l’heure actuelle, quelle est, selon vous, la principale source de souffrance psychique de vos patients ?
Je pense que beaucoup souffrent sans le savoir de la culture narcissique dans laquelle nous baignons. La performance, la perfection est valorisée tous azimut. Cet écart entre idéal et réalité amène les gens à vivre en permanence dans une position un peu dépressive face à eux-mêmes. Comme s’ils se reprochaient tacitement de ne pas correspondre à ce qu’ils croient que la société attend d’eux. Il est très difficile d’aller à contre courant de cette tendance, d’assumer ses imperfections, physiques notamment sans chercher à les masquer.
Même le bien-être nous est imposé de l’extérieur. Certains en arrivent à réfléchir sur eux-mêmes en fonction de critères établis par d’autres ! Difficile de donner un sens à son existence dans ces conditions. Selon moi, il y a trop de psys et pas assez de philosophes.

Quel est selon vous l’engrenage typique du surmenage et de la dépression ?
Je me souviens d’un patient, récemment promu à une fonction supérieure dans son entreprise, venu me consulter sous la pression de ses proches, inquiets de son irritabilité et de son amaigrissement physique. Lors du premier entretien, il a cherché à banaliser son malaise en me demandant des cachets pour lutter contre les insomnies qui l’empêchaient, selon lui, « de bien se gérer ». Puis, en m’expliquant ses problèmes, il s’est rendu compte assez vite qu’il n’avait peut-être pas tout à fait l’étoffe du manager qu’on lui demandait d’être. Il éprouvait en effet d’immenses difficultés à faire valoir ses décisions auprès de son équipe et consacrait son temps à imaginer des scénarios pour s’imposer et éviter les conflits. Résultat : il passait ses week-ends enfermés dans son bureau, ses enfants n’osaient plus lui adresser la parole et sa femme le trouvait invivable et anxieux même pendant les rares temps libres qu’il s’accordait. Ce cas vécu résume à lui seul les premiers symptômes les plus courants d’un état dépressif. L’aspect le plus exemplaire dans cette histoire réside dans la difficulté de ce patient à admettre la gravité de son problème et la nécessité pour lui de re-équilibrer sa vie.

L’insomnie reste visiblement un des tout premiers révélateurs que quelque chose ne va pas ?
Oui et non. Le sommeil est lui aussi instrumentalisé par la société qui tente de nous imposer « le » bon sommeil. Ce dictat a eu pour conséquence une consommation exponentielle de médicaments pour bien dormir. Si ceux-ci peuvent s’avérer utiles, ils ne sont pas dépourvus d’effets secondaires sur notre bien-être. Certaines substances ont un effet anesthésiant qui provoque un pseudo sommeil de moindre qualité car elles perturbent les phases de rêve, essentielles à notre équilibre psychique. Nous profitons de l’hospitalisation de certains patients pour leur expliquer que, moyennant 3 ou 4 nuits un peu difficiles, ils peuvent se passer du petit cachet qu’ils prennent depuis dix ans pour dormir. Il faut savoir que tout le monde n’a pas besoin de la même quantité de sommeil. Plus on avance en âge, plus les nuits sont courtes. Mieux vaut si possible faire une sieste dans la journée.

Quelles sont les premières manifestations d’un malaise psychologique « à risque » ?
Selon moi, le premier signe de malaise, c’est l’incapacité à se retrouver face à face avec soi même. Les gens qui s’embêtent dès qu’ils sont seuls m’apparaissent comme vulnérables. Autre indice de malaise potentiel : la difficulté de ne rien faire.
Tout nous pousse à l’action. Observez les gens quand vous prenez le train, combien se permettent de rêvasser en regardant le paysage ? Ne rien faire, c’est accepter de réfléchir, de raisonner et de penser. C’est tout le contraire de perdre son temps.

Propos recueillis par Isabelle Olivier

Quels sont les signes avant-coureurs d’un stress aggravé ?
Lorsque le stress se prolonge, des changements significatifs de comportements laissent normalement savoir que quelque chose ne tourne pas rond.
Voici quelques signes spécifiques :
• manque de joie, de spontanéité, de bonheur et d'enthousiasme;
• manque de tolérance envers les gens et état d'irritabilité, en particulier au cours de discussions ou de désaccords;
• explosions de colère;
• difficulté de concentration ou incapacité à prendre des décisions simples;
• augmentation de consommation d'alcool et de drogues;
• impatience ou difficulté à être seul;
• perte d'efficacité au travail;
• entretien des pensées négatives;
• maladies physiques fréquentes et difficulté à s'en remettre;
• cauchemars et mauvais rêves répétés;
• maladie psychosomatique, comme une éruption cutanée inexpliquée ;
• repli sur soi-même (liens coupés avec les amis et aucune participation à des activités sociales).
Le Spirit est une publication mensuelle de Buro Market consacrée aux ressources humaines et à l'esprit d'entreprise.
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