| Marc-André ou la flemme invisible
Tout enfant déjà, Marc-André
s’est focalisé sur une préoccupation
primale mais néanmoins constante : en faire
le moins possible. Pour avoir l’air insoupçonnable,
il applique un des premiers commandements de la
paresse organisée : si tu ne veux pas avoir
trop de travail, fais croire à un maximum
de gens que tu es débordé. Le sourcil
préoccupé et la démarche
vive, on le croirait en chemin pour une réunion
importante : il s’offre en fait une petite
pause bien méritée. Il est souvent
absent mais jongle avec d’excellents alibis.
Il peut donner un coup de collier quand il sait
que son zèle sera remarqué. Ces
efforts stratégiques sont des corvées
hélas nécessaires pour conserver
sa crédibilité et juguler les doutes.
Comment composer avec Marc-André ?
- Fliquez-le, c’est le seul moyen.
- …mais soyez imprévisible. Débarquez
dans son bureau et de demandez-lui où il
en est dans son travail.
- Si vous n’arrivez pas à le joindre
ou à le voir, notez ses heures d’absence
et demandez-lui des justifications.
- Soyez très clair dans les missions que
vous lui confiez, précisez les délais,
noir sur blanc.
- S’il exagère dites-lui par exemple
: « dites-moi, votre grand-mère est
décédée combien de fois depuis
que vous êtes chez nous ? »
Vanessa, ou la râleuse impénitente
Travailler avec Vanessa n’est pas de tout
repos : rien ne va jamais et les gens ne font
jamais ce qu’ils sont sensés faire.
Tout semble contribuer à son agacement.
La moindre imperfection est condamnée comme
une faute lourde. En réunion, elle est
insupportable : toute idée, même
bonne, toute initiative, même intéressante,
toute proposition, même réaliste
est commentée de haussement d’épaules
et de soupirs moqueurs. Tout est suspect, rien
n’est net à ses yeux. Sa phrase préférée
: ça ne marchera jamais !
Comment gérer Vanessa ?
- Chargez-la de concevoir l’argumentation
de votre projet : en l’impliquant, elle
sera obligée de développer un peu
de conviction.
- Sachez systématiquement revenir après-coup
sur une discussion houleuse et reparler calmement
d’un point de désaccord. Elle aura
moins tendance à vous casser gratuitement.
- Demandez-lui si elle est performante : il serait
étonnant qu’elle développe
la même mauvaise humeur contre elle-même
!
José, ou l’anxiété
autoritaire
José est de ceux qui s’affirment
d’emblée comme leader au sein d’un
groupe. Son charisme de chef se double toutefois
d’une angoisse sourde qu’il cache
mal sous les excès de son autoritarisme
caractériel : José craint que la
maîtrise absolue de la réalité
et des gens ne lui échappe. Travailler
avec lui peut virer à l’enfer car
il crée, sans trop s’en rendre compte
un stress qui confine à la terreur. Toute
personne qui le contredit est un ennemi qui n’a
qu’à bien se tenir.
Comment rester zen avec José ?
- Discutez régulièrement avec lui
en tête à tête, même
brièvement. Il a besoin de connaître
vos pensées, ça le rassure.
- Si vous n’êtes pas d’accord
avec lui, n’en parlez pas trop autour de
vous ou faites attention avec qui vous vous épanchez
car les nouvelles vont vite !
- Si vous êtes en désaccord avec
lui, allez d’abord lui en parler, calmement
si possible en insistant sur le fait que vous
n’avez rien contre lui et que vous reconnaissez
son autorité.
- Utilisez ce type de phrase : « José,
votre loyauté vous honore » ou «
José vous êtes un peu notre père
à tous ».
Natacha ou la logorrhée chronophage
Grande prêtresse de la machine à
café, inconditionnelle du GSM, Natacha
est incoerciblement intarissable. Quelles que
soient les circonstances, l’endroit ou l’heure
de la journée, elle vous inonde d’un
flot ininterrompu d’impressions, d’humeurs,
de considérations météorologiques,
de digressions psychologiques et autres médisances
volubiles. C’est la terreur des couloirs
car il est difficile de se dépêtrer
de ses filets une fois qu’elle a jeté
son dévolu sur vous. En revanche si vous
avez à lui parler, n’espérez
pas qu’elle vous écoute : chacun
de vos propos ne manquant pas de lui faire penser
à quelque chose.
Comment poser des limites à Natacha
?
- ne la laissez pas parler en réunion plus
de 2 minutes, interrompez-là systématiquement
dès qu’elle digresse.
- Commencez toute conversation avec elle en lui
rappelant que vous avez peu de temps : cela vous
donnera un prétexte pour couper court.
- Accordez-lui un moment d’écoute
de temps en temps, elle en a besoin, prenez-en
votre parti.
- Profitez-en pour vous tenir au courant des potins
du moment et autres bruits de couloir.
- Utilisez des phrases du style : « résumez-moi
en une phrase ce que vous avez à me dire
», ou « allez droit au but car je
dois partir dans 10 minutes »…
Source :
« Insupportables collègues »,
Patrick Bouvard, Jérôme Heuzé,
Editions d’Organisation
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